
Publié le 20.11.2008, à 12:54 par Matth[MYTHOS] - La trépanation ou le dévoilement de la réalité
« Il y a bien longtemps, assurent nos légendes, hommes et femmes pouvaient utiliser le Troisième Œil. C'était l'époque où les dieux venaient sur la terre et se mêlaient aux humains. Les hommes se voyant déjà leurs successeurs, essayèrent de les tuer, sans penser que ce que l'homme pouvait voir, les dieux le voyaient encore mieux. En punition, le Troisième Œil fut fermé. Depuis, au cours des siècles, une minorité a reçu à sa naissance le don de clairvoyance. Ceux qui l'avaient naturellement ont pu avoir son pouvoir multiplié par mille, grâce à un traitement approprié, comme celui qui m'avait été appliqué. Il va de soi qu'un talent aussi particulier doit être traité avec précaution et respect. »
Lobsang RAMPA, Le Troisième Œil, J’ai Lu, 1956
trépanation
mot issu du grec trypanê, qui signifie tarière, l’instrument en forme de vrille servant à faire des trous. La trépanation est une opération chirurgicale consistant à créer un trou dans le crâne.
Evoquée dans l'article sur Homunculus, la trépanation s'inscrit comme une pratique sur laquelle il est intéressant de revenir. Rappelons qu'il s'agit d'une opération consistant à percer une ouverture dans le crâne, et que certains prêtent à cet acte une portée rituelle: il s'agit d'améliorer les perceptions de l'être humain.
S’affirmant comme la plus ancienne pratique neurochirurgicale, la trépanation ante-mortem constitue aussi bien un acte médical que rituel. Dans cette seconde perspective, il s’avère particulièrement intéressant de voir comment les croyances lui confèrent la faculté de dévoiler la réalité, entre autre par le biais du Troisième Œil.
Gravure de Peter TREVERIS figurant la trépanation en 1525. Publié dans Edward HODNETT, English Woodcuts 1480-1535, Oxford University Press, 1973
I- De l’acte rituel au spiritualisme
C’est à Ensisheim, dans le Haut-Rhin, plus précisément sur le site baptisé “Les Octrois”, que fut découvert le plus vieux crâne trépané à ce jour. Il daterait de plus de 7.000 ans. Les anthropologues ont observé des traces de cette pratique non seulement en France, mais également chez les anciens Egyptiens, Chinois, Indiens, Grecs et Romains, lui conférant un aspect quasi universel. Il faut cependant convenir que ces actes deviennent de plus en plus rares à partir de la fin du Néolithique, mais que les sources attestent toujours sa présence chez les Celtes, les Francs et leurs descendants mérovingiens, et ce, jusqu’au Ve siècle.
Le premier crâne trépané fut mis à jour en 1685 par Bernard DE MONTFAUCON sur le site de Cocherel. Néanmoins, il faut bien attendre 1816 pour que soit présenté un crâne « présentant un traumatisme qui avait fait perdre une partie du crâne, ce qui n’empêcha pas son possesseur de vivre encore de longues années », et qui fut donc identifié comme un crâne qui a subi une opération. Il fut découvert à Nogent-les-Vierges par Jean-Denis BARBIÉ DU BOCAGE.
En 1873, M.PRUNIERES découvre au cœur d’un dolmen de Lozères un morceau d’os pariétal qui fut utilisé en tant qu’amulette. Il est alors le premier à évoquer la trépanation, mais l’opération semble alors restreinte à une simple pratique rituelle. Ce n’est en effet qu’en 1878 que Just Lucas-Championnière considère qu’elle dépasse ce cadre et s’affirme aussi comme une opération chirurgicale, dont le but est de faire diminuer la pression à l’intérieur du crâne. Le paléontologue Paul BROCA a étudié ces cas, et en a présenté une typologie.
« Je me propose d’établir les deux faits suivants :
On pratiquait à l’époque néolithique une opération chirurgicale consistant à ouvrir le crâne pour traiter certaines maladies internes. Cette opération se faisait presque exclusivement, peut-être même exclusivement sur les enfants (trépanation chirurgicale).
Les crânes des individus qui survivaient à cette trépanation étaient considérés comme jouissant de propriétés particulières, de l’ordre mystique, et lorsque ces individus venaient à mourir, on taillait souvent dans leurs parois crâniennes des rondelles ou fragments qui servaient d’amulettes et que l’on prenait de préférence sur les bords mêmes de l’ouverture cicatrisée (trépanation posthume).
Paul BROCA, Sur les trépanations du crâne et les amulettes crâniennes à l’époque Néolithique, Congrès international d’anthropologie et d’archéologie préhistorique, Budapest, 1876, page 9
Cependant, cette pratique soulève une question cruciale : comment l’homme préhistorique a-t-il réussi à réaliser une trépanation, un acte chirurgical complexe, sans que la santé de l’individu s’en trouve affectée ? Paul BROCA a ainsi démontré qu’il était possible de réaliser cette ouverture sur des chiens à l’aide d’outils en silex taillés, sans que l’animal n’en sorte ne serait-ce qu’handicapé. Par ailleurs, George Grant MCCURDY a observé pas moins de cinq trépanations sur un crâne précolombien, constant qu’une seule laissa des signes d’infection : une étude comparative sur 45 crânes mésoaméricains l’amène à comprendre que les méthodes pour combattre ce mal étaient maîtrisées, et il pense notamment aux différentes techniques utilisées dans le cadre de la momification. En effet, sur ce total de 45 crânes, il affirme que 26 ont survécu à l’opération, 11 ont présenté des signes de guérison partielle, mais que seuls 8 sont morts au cours de la trépanation.
Mais quelles sont les raisons qui amènent ces hommes à opérer de tels actes ante-mortem? De fait, les Aïnous du Japon effectuaient une trépanation pour soigner la syphilis. De Par ailleurs, nombre d’ouvrages de l’époque moderne présentent cet acte comme un moyen de soigner divers maux en évacuant les humeurs. Mais dans le cadre des trépanations à but médical à l’époque préhistorique, Paul BROCA a dit qu’elles visaient à soigner les cas d’épilepsie, d’hystérie, de delirium, de convulsions et de folie, souvent sur les enfants, permettant ainsi aux mauvais esprits de s’échapper par le trou réalisé. La poudre d’os était alors certainement recueillie pour ses propriétés curatives, apotropaïques ou propitiatoires.
A noter l’existence d’une autre forme de chirurgie pratiquée sur le crâne : plus rare, L. MANOUVRIER l'a appelée marque sincipitale en T. Le T sincipital est en fait une cicatrice s'étendant sur toute la région supérieure du crâne, qui fut exclusivement rencontrée chez des femmes et enfants, et on ignore s’il s’agissait d’une forme de punition, de scarification, ou d’une pratique magique.
Quoi qu’il en soit, il est intéressant de voir que la trépanation dépasse souvent le simple cadre thérapeutique, et c’est ce qui a marqué certains personnages du XXe siècle. En effet, le plus grand avocat de la trépanation à des fins non-médicales est un allemand illuminé nommé Bart HUGHES, dont le discours clame que cette procédure doit être utilisée pour atteindre un plus haut niveau de conscience. En 1962, il publie une monographie intitulée The Mechanism of Brainbloodvolume. Homo Sapiens Correctus, où il présente les bienfaits de cet acte. Il choisit d’ailleurs en 1965 de pratiquer l’ouverture sur son propre crâne, et fut suivi par nombre d’adeptes dans son entreprise, parmi lesquels les plus célèbres furent Amanda Feilding et Joey Mellen. Autour de sa personne se constitua un groupe important auquel l’auteur russe John MICHELL se réfère dans le chapitre "The People With Holes in their Heads" de son ouvrage Eccentric Lives & Peculiar Notions. Il s’agit de l’International Trepanation Advocacy Group, une organisation qui vante les bienfaits de cette pratique. Ses membres ont consacré un bâtiment à Mexico où ils peuvent subir sur la base du volontariat cette pratique destinée à accroître leurs facultés mentales en ouvrant leur Troisième Œil.
II- Le Troisième Œil : Open your eyes, open your mind
« La question se pose depuis des siècles : qu'est-ce que le Troisième Œil ? Une glande appelée pinéale, une vertu spirituelle, une faculté conférant le pouvoir de voir l'essence invisible derrière les phénomènes du monde ? Est-il la cause de la clairvoyance ou le centre spécifique de l'intuition ? Autant de questions auxquelles l'auteur a essayé de répondre en comparant les plus grandes traditions ou livres sacrés d'Orient comme d'Occident. Outre son utilisation dans les mythes, les romans ou le cinéma, le troisième œil, de par son universalité, devait faire l'objet d'une étude sérieuse et complète, en raison de l'importance que lui confèrent les sages de l'Inde en tant que centre de perception divine par lequel l'adepte est éclairé de la vérité ultime. »
Michel COQUET, Le Troisième Œil : dans les mythes, l’histoire et l’homme, Alphée, 2008
Le Troisième Œil. Jnana chakshu. L’œil de la connaissance. Il s’agit d’un point qui se situe sur le front, au niveau de l’ajna chakra, le sixième chakra, que les divinités ou les personnes saintes représentent en Inde avec un point ou une marque sur le front. Plus généralement, beaucoup d’Indiens arborent ce symbole avec le tilak ou le bindi. Dans les Upanishads, ce troisième œil est la dixième porte qui conduit au monde intérieur. Dans le bouddhisme, l’Urna, figuré sur les statues des bouddhas et des bodhisattvas des IIe et IIIe siècles, symbolise cet œil. Quant au Taoisme, il préconise la focalisation l’attention sur un point entre les sourcils de manière à ouvrir le Troisième Œil.
On le voit, le Troisième Œil est omniprésent dans les religions asiatiques. C’est d’ailleurs là qu’il trouve ses origines, ce qu’ont bien compris les avocats de la trépanation qui y puisent leur argumentation : si le Troisième Œil est si important pour ces hommes, c’est que quelque part, il permet à l’homme de devenir plus grand et de dévoiler la réalité du monde qui l’entoure.
L’écrivain Cyril Heny HOSKIN (8 avril 1910 - 25 janvier 1981), plus connu sous le nom de Lobsang RAMPA, incarne bien cette idée. Ainsi, en novembre 1956, il publie au Royaume-Uni un livre intitulé Le Troisième Œil. Il y raconte son expérience au cœur de la lamaserie du chakpori à Lhassa où il aurait grandi depuis l’âge de sept ans, et où il aurait subi le lendemain de son huitième anniversaire une trépanation destinée à ouvrir son Troisième Œil. Voici comment il décrit ce moment :
« Le jour mourut et ce fut la naissance du soir. Je me rendis dans la petite chambre d'où je ne devais pas sortir. Des bottes de feutre souple glissèrent doucement sur les dalles du corridor et trois lamas de haut rang entrèrent dans la pièce. Ils posèrent une compresse d'herbes sur mon front, qu'ils maintinrent en place par un bandage serré. Ils ne devaient revenir que plus tard dans la soirée. Le Lama Mingyar Dondup était l'un d'entre eux. La compresse fut enlevée et mon front nettoyé et essuyé. Un lama taillé en hercule s'assit derrière moi et me prit la tête entre ses genoux. Le deuxième ouvrit une boîte d'où il sortit un instrument d'acier brillant. Cet instrument ressemblait à une alêne, si ce n'est que son évidement au lieu d'être rond était en forme d'U et que sa pointe était finement dentelée. Après l'avoir examiné, le lama le stérilisa à la flamme d'une lampe.
- L'opération va être très douloureuse, me dit mon Guide en me prenant les mains et il est indispensable que tu aies toute ta connaissance. Ce ne sera pas long. Efforce-toi par conséquent de rester aussi calme que possible.
J'avais sous les yeux un véritable assortiment d'instruments et une collection de lotions d'herbes. « Eh bien, Lobsang, mon garçon, pensai-je, ils vont te régler ton compte, d'une façon ou d'une autre... Tu n'y peux rien, si ce n'est de rester tranquille ».
Le lama qui tenait l'alêne jeta un coup d'œil aux autres :
- Prêts ? Allons-y, le soleil vient juste de se coucher.
Il appliqua la pointe dentelée sur le milieu de mon front et fit tourner le manche. Une minute, j'eus l'impression d'être piqué par des épines. Le temps me parut s'arrêter. La pointe perça ma peau et pénétra dans ma chair sans me faire autrement souffrir, mais quand elle heurta l'os, il y eut une légère secousse. Le moine accentua sa pression, tout en remuant légèrement l'instrument pour que les petites dents puissent ronger l'os frontal. La souffrance n'était pas aiguë : rien qu'une simple pression accompagnée d'une douleur sourde. Je ne fis pas un mouvement car le Lama Mingyar Dondup me regardait : j'aurais préféré rendre l'âme plutôt que de bouger ou de crier. Il avait confiance en moi comme j'avais confiance en lui, et je savais qu'il ne pouvait qu'avoir raison dans tout ce qu'il faisait ou disait. Il surveillait l'opération de très près ; de légères contractions aux plis des lèvres trahissaient la tension de son esprit. Tout à coup, il y eut un craquement léger : la pointe avait pénétré dans l'os. Immédiatement le lama-chirurgien qui était sur le qui-vive cessa d'appuyer. Il garda solidement en main la poignée tandis que mon Guide lui passait un éclat de bois très dur, d'une propreté parfaite, traité au feu et aux herbes pour lui donner la dureté de l'acier. Il inséra cet éclat dans le U de l'alêne et le fit glisser jusqu'à ce qu'il arrive en face du trou pratiqué dans mon front. Puis, il se poussa légèrement de côté pour que mon Guide puisse se placer en face de moi ; sur un signe de lui, il fit avancer, avec des précautions infinies, le morceau de bois de plus en plus profondément dans ma tête. Soudain, j'eus la curieuse sensation qu'on me piquait, qu'on me chatouillait l'arête du nez. Cette sensation disparut et je devins conscient de certaines odeurs légères que je ne pus identifier. Ces odeurs disparurent à leur tour, et j'eus l'impression de pousser un voile élastique ou d'être poussé contre lui. Brusquement, je fus aveuglé par un éclair.
- Arrêtez ! ordonna le Lama Mingyar Dondup. Un instant la douleur fut intense, elle me brûlait comme une flamme blanche. La flamme diminua d'intensité, mourut et fut remplacée par des volutes colorées, et des globes de fumée incandescente. L'instrument de métal fut délicatement retiré. L'éclat de bois devait rester en place pendant deux ou trois semaines, que j'allais passer dans cette petite pièce plongée dans une obscurité presque totale. Personne ne serait admis à me voir, à l'exception des trois lamas qui, jour après jour, continueraient à m'instruire. Tant que le bois n'aurait pas été enlevé, on ne me donnerait en fait de nourriture et de boisson que juste ce qu'il fallait pour me maintenir en vie.
- Tu es maintenant des nôtres, Lobsang, me dit mon Guide, au moment où on m'entourait la tête d'un bandeau pour maintenir l'éclat de bois. Jusqu'à la fin de ta vie, tu verras les gens tels qu'ils sont et non plus comme ils font semblant d'être. C'était une expérience curieuse que de voir ces trois lamas baigner dans une flamme dorée. Plus tard seulement, je compris qu'ils devaient cette aura dorée à la pureté de leurs vies, et qu'il fallait s'attendre à ce que celle de la plupart des gens ait un tout autre aspect.
Quand ce nouveau sens se fut développé sous l'habile direction des lamas, je découvris l'existence d'autres émanations lumineuses qui ont leur source dans le centre de l'aura. Par la suite, je devins capable de diagnostiquer l'état de santé de quelqu'un d'après la couleur et l'intensité de son aura. De même la façon dont les couleurs s'altéraient me permettait de savoir si l'on me disait la vérité ou si l'on me mentait. Mais ma clairvoyance n'eut pas le corps humain pour seul objet. On me donna un cristal que je possède encore et avec lequel je m'exerçais fréquemment. Il n'y a rien de magique dans ces boules de cristal. Ce ne sont que des instruments. Un microscope ou un télescope permettent, par le jeu de certaines lois naturelles, de voir des objets qui normalement sont invisibles. Il en va de même pour les boules de cristal. Elles servent de foyer au Troisième Œil avec lequel il est possible de pénétrer dans le subconscient des êtres et de se souvenir des faits qu'on y glane. Tous les types de cristal ne conviennent pas à tout le monde. Certains obtiennent de meilleurs résultats avec le cristal de roche, d'autres préfèrent une boule de verre. D'autres encore utilisent un bol d'eau ou un simple disque noir. Mais quelle que soit la technique employée, le principe reste le même. »
Lobsang RAMPA, Le Troisième Œil, J’ai Lu, 1956
Il apparaît donc que cette expérience de la trépanation ouvrit sur le front du jeune garçon le Troisième Œil qui lui conféra de découvrir une nouvelle réalité du monde, basée sur l’invisible, sur l’aura des hommes et leur véritable nature, cette idée même sur laquelle repose Homunculus, l’œuvre d’Hideo YAMAMOTO. Ce don de clairvoyance permettrait d’atteindre le niveau supérieur de conscience recherché par Bart HUGHES et ses disciples, et de dévoiler l’illusion du monde, le Mâyâ.
A VOIR
BOËS E. , Les techniques de trépanation en Alsace au cours du néolithique, dans SCHNITZLER B., LE MINOR J.-M., LUDES B., BOES E. (dir.) Histoire(s) de squelettes : archéologie, médecine et anthropologie en Alsace, Edition des Musées de la Ville de Strasbourg, Strasbourg, 2005, pages 222 à 224
BROCA Paul, Sur les trépanations du crâne et les amulettes crâniennes à l’époque Néolithique, Congrès international d’anthropologie et d’archéologie préhistorique, Budapest, 1876
COQUET Michel, Le Troisième Œil : dans les mythes, l’histoire et l’homme, Alphée, 2008
HUGHES Bart, The Mechanism of Brainbloodvolume. Homo Sapiens Correctus, 1962
LUCAS CHAMPIONNIÈRE Just, Les origines de la trépanation décompressive. Trépanation néolithique, trépanation pré-colombienne, trépanation des Kabyles, trépanation traditionnelle. Avec 32 figures., Steinheil, Paris, 1912
MACCURDY George Grant Human skeletal remains from the highland of Peru, Am. J. Phys. Anthrop., 6, 1923
MANOUVRIER L., Le T sincipital. Curieuse mutilation crânienne néolithique, dans Bulletins de la Société d'Anthropologie de Paris, série 4, tome 6, pages 357 à 360, Masson, Paris, 1895
MICHELL John, Eccentric Lives & Peculiar Notions, Black Dog & Leventhal Publishers, 2003 (1984)
RAMPA Lobsang, Le Troisième Œil, J’ai Lu, 1956
RESTAK Richard, Fixing the Brain, dans Mysteries of the Mind, National Geographic Society, Washington D.C., 2000
ROUSE Sheelagh, Dans l'ombre de Lobsang Rampa, Presses du Châtelet, 2007
SCHMERLING P.C., Recherches sur les ossements fossiles découverts dans les cavernes de la province de Liège, vol. III, Atlas des planches, Collardin, Liège, 1834
Publié le 07.11.2008, à 11:24 par Matth[ARS MAGNA] - NIHEI Tsutomu, Megalomania: la folie d'un homme
« L'architecture est une science qui embrasse une grande variété d'études et de connaissances ; elle connaît et juge de toutes les productions des autres arts. Elle est le fruit de la pratique et de la théorie. La pratique est la conception même, continuée et travaillée par l'exercice, qui se réalise par l'acte donnant à la matière destinée à un ouvrage quelconque, la forme que présente un dessin. La théorie, au contraire, consiste à démontrer, à expliquer la justesse, la convenance des proportions des objets travaillés.
Aussi les architectes qui, au mépris de la théorie, ne se sont livrés qu'à la pratique, n'ont pu arriver à une réputation proportionnée à leurs efforts. Quant à ceux qui ont cru avoir assez du raisonnement et de la science littéraire, c'est l'ombre et non la réalité qu'ils ont poursuivie.
Celui-là seul, qui, semblable au guerrier armé de toutes pièces, sait joindre la théorie à la pratique, atteint son but avec autant de succès que de promptitude. »
Vitruve

Un gratte-ciel aux proportions immenses
megalomania
la mégalomanie est une psychose consistant en la surestimation de ses capacités, et qui se traduit concrètement par un désir immodéré de puissance et un amour excessif de sa propre personne.

Megalomania est un recueil d’illustrations du mangaka Tsutomu NIHEI, illustrations publiées en 2000 dans un magazine japonais d’architecture, et qui furent reprises en 2003 dans l’artbook de l’auteur, Blame ! and so on[. Megalomania… Ce titre en dit long sur les aspirations de l’ancien architecte : ainsi donne-t-il naissance à de nombreuses folies architecturales comme celles qui parsèment ses différentes œuvres. L’homme est-il condamné à donner naissance à des monstres, des structures qui, telle la Tour de Babel, aspireraient à toucher le ciel et à défier Dieu lui-même ? En tous cas, l’œuvre de NIHEI va dans ce sens. De surcroît, quand on voit la propension des hommes à tenter l’impossible, comme l’illustre l’érection de la Tour de Burj Dubaï (817 mètres) ou celle du Pentominium (516 mètres) aux Emirats Arabes Unis, on comprend que la folie de NIHEI reflète uniquement la folie de l’homme.
Une gigantesque tour reliant la Terre à la Lune
Ci-dessous, un chef d’œuvre du génie civil : un pont reliant le Japon aux Etats-Unis, dans Biomega
On peut ainsi remarquer son travail incroyable à travers des exemples tels qu’une tour reliant la Terre à la Lune ou une autoroute traversant le Pacifique, et ce, parmi les nombreuses représentations de mégalopoles anarchiques aux structures tentaculaires qui servent de cadre à Blame !, Noise, Abarra, Digimortal, ou encore Biomega. Ainsi, dans ces titres, on note que l’environnement ne se limite pas à un cadre, mais devient toujours un acteur : dans Blame !, ces structures sont en perpétuelle évolution, tant et si bien que des robots bâtissent sans jamais s’arrêter, et que la Terre s’efface derrière ces tours de milliers d’étages qui naissent dans des abîmes oubliées. Dans Abarra, les gôsabyô dissimulent un mystère fondamental pour l’histoire.
« Comme ces édifices existent depuis très longtemps, la plupart des gens pensent qu’ils font partie du paysage. Personne ne sait ce qu’ils cachent. »
NIHEI Tsutomu, Abarra, Shueisha, 2005
Son œuvre la plus récente, Biomega, reprend dès son premier chapitre le concept de l’autoroute établissant un pont sur le Pacifique, reliant ainsi l’archipel nippon au continent américain. Une autoroute improbable que le héros traverse sur sa moto à toute allure. Les exemples sont nombreux, et NIHEI a réussi ainsi à donner naissance à un univers propre, où le décor vit et évolue au même titre que les personnages. C’est là l’une de ses particularités, l’un des composants majeurs de ses œuvres incroyables.

Publié le 07.11.2008, à 10:59 par Matth[ARS MAGNA] - TORIYAMA Akira, Wonder Island, Shueisha, 1978
« Un aviateur tombé dans une île bricole des machines volantes infernales, aidé dans sa lutte contre la gravitation par un Tarzan de pacotille. »
Avant de s’atteler à ses œuvres phares, Dr Slump et Dragon Ball, Akira TORIYAMA débuta par nombres d’histoires courtes. Wonder Island s’inscrit parmi celles-là, mais en plus, en est la première. En effet, alors qu’il n’était encore qu’un jeune illustrateur toujours en quête d’un emploi pour gagner sa vie, le père de Sangoku participa au concours Monthly Young Jump Award de l’hebdomadaire Shonen Jump, l’un des magazines de prépublication les plus populaires du Japon. Malheureusement pour lui, son projet fut refusé et s’ajouta à ses deux premiers échecs, Awawa World (1977) et Nazo no Rain Jack (1978). Toutefois, la rédaction du Jump lui adressa un coup de fil pour l’encourager à persévérer sur ce chemin. Aussi TORIYAMA choisit-il d’améliorer son manga en effectuant quelques retouches. Son histoire fut finalement publiée quelques mois plus tard, dans le Shonen Jump # 52 de 1978, quand lui fut décerné le premier prix.
Ce manga, c’est Wonder Island, qui conte le retour d’Hisô Furusumi, un soldat de la 123e division de l’armée de l’air japonaise, alors qu’il tente de revenir dans sa patrie, le Japon. L’homme était autrefois un pilote de chasse, mais au cours de la Seconde Guerre Mondiale, une opération kamikaze l’amena à s’échouer au cœur du Pacifique. Ne sachant pas nager, il s’est alors retrouvé coincé sur une île étrange… et ce pendant 35 ans !
Son seul et unique but reste alors de trouver le moyen de fuir ce lieu.
Au cours de ses pérégrinations, il croise la route de plusieurs personnages totalement barrés. A commencer par P-man, au physique disproportionné tel un personnage touché par le style super-deformed, qui se ballade tel Tarzan, nu avec un pagne. A la différence que lui se la pète vraiment, avec ses lunettes de soleil et son sourire d’enfer ! Toujours accompagné d’une petite fée, P-man s’ennuie sur son île. Ainsi, quand Hisô débarque, il n’aura de cesse de le suivre, essayant même de le tuer à l’aide d’une mitrailleuse, avant de se décider à l’aider pour qu’il puisse retrouver sa patrie. Tout du moins, à l’encourager, car on ne peut pas dire que rester assis dans l’herbe soit d’une aide précieuse ! Outre ce super-héros raté, Hisô croisera aussi un gorille qui l’aidera à construire un deltaplane pour quitter ce locus solus, un engin qui se crashera… ou encore une sorcière chevauchant un aspirateur volant, qui le transformera en oiseau, ce qui aurait du lui permettre de finalement de rentrer chez lui, si elle n’avait pas choisi de le métamorphoser en coq…
Wonder Island constitue donc pour Akira TORIYAMA le premier pas qui le mènera vers le succès… un succès que cette première publication fut loin de remporter. En effet, au cours de ces quinze pages, il ne fait que dresser une liste de gags souvent lourds, bien qu’adaptés à son style encore grossier. Mais déjà, ses personnages et son univers sont atypiques, inspirés par la folie caractéristique de The World, comme en témoignent les exemples de P-man, mais aussi ceux des singes qui font du skateboard, des poissons qui volent avec des bouteilles d’eau sur le dos, ou celui de la sorcière à l’aspirateur… sans oublier cet étrange héros au faciès évoquant un oiseau, et qui reste un vrai looser du début à la fin.
A VOIR
TORIYAMA Akira, Histoires Courtes, tome 1, Glénat, 1998
20.11 - [MYTHOS] - La Trépanation ou le...
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02.11 - [DELIRIUM] - Far Cry: Bad Blood
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