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[DELIRIUM] - Far Cry: Bad Blood
fleche  Publié le 02.11.2008, à 17:58 par Matth

[DELIRIUM] - Far Cry : Bad blood

Cet œil jaune le fixe sans jamais le lâcher. Il est midi. Il marche en plein soleil. L’obscurité elle aussi l’accompagne toujours, attachée à la semelle de ses bottes. Cette ombre se veut de plus en plus noire, parallèlement à la lumière qui se veut plus vive, assommante quand elle s’impose au zénith, au point que la plupart des hommes préfèrent délaisser leur mission et se reposer dans les cabanes. Mais Noah ne veut pas se soustraire à son tour de garde. Il a chaud, très chaud, mais il sait qu’à tout moment, un de ces nombreux prédateurs qui peuplent l’archipel de Jacutan peut se montrer. Il sait aussi que son boss, Crowe, n’apprécierait pas ce genre de relâchement. Mais cette ombre, son ombre, continue de le narguer. Elle est là, toujours là, comme si elle lui intimait de laisser tomber et d’aller profiter du confort du campement avec les autres soldats.

Alors que d’un revers de main, il essuye les gouttes de sueur qui perlent sur son front,  sa radio grésille. Aussitôt, il saisit l’appareil en main et tente de changer de fréquence afin d’obtenir une meilleure réception. En vain. Des mots semblent se formuler, mais ils sont hachés, brouillés par un bruit agressif.

Il ne comprend rien.

- Radio de merde, crache-t-il en rangeant nerveusement le communicateur dans la poche droite de son pantalon. Soudain, le calme des environs est troublé par un improbable grondement. A peine Noah a-t-il le temps de se retourner qu’il  se retourne et voit une partie du camp partir en fumée dans une explosion dantesque. Le chaos prend toute son ampleur quand l’alarme stridente se met à siffler et que d’autres flammes jaillissent et se diffusent à chacun des bâtiments.

Bientôt, il n’entend plus rien. La tension martèle ses tempes, et seul ce bourdonnement envahit ses perceptions auditives. Il n’a pas le temps de réfléchir à la situation, et saisit son uzi tout en courant vers la porte principale du campement. Un acouphène viole encore ses tympans quand Ryan descend du mirador et tente de lui hurler quelque chose dans l’oreille. Il ne saisit pas un mot, et demande à l’autre mercenaire de répéter. Noah reprend son calme, et il commence à distinguer la clarté de cette cacophonie ambiante.

- C’est le sujet de Krieger qui s’est échappé. Il a déjà eu Santa Maria et Pérez… et ce fils de pute se ballade dans le camp comme si de rien n’était…

Un coup de feu.

Noah s’écroule, projeté en arrière et happé par une balle qui pénètre sa chair et termine sa course en rencontrant sa clavicule gauche. Le choc ne lui laisse pas le temps de réagir. Un autre coup de feu. Il se débat dans la poussière pour essayer de quitter le viseur de l’ennemi quand il voit Ryan s’effondrer sur lui-même, le visage en sang, un trou béant au-dessus de l’œil droit.

Dans sa paume gauche, Noah sert alors très fort la croix chrétienne que lui a laissé sa pauvre mère avant de mourir, tandis qu’il rampe difficilement dans les hautes herbes pour tenter de se mettre à couvert.

Deux autres balles impactent le sol à proximité de ses jambes…

Et enfin, vient le silence. Trois reposantes secondes de silence, au terme desquelles le chaos reprend le dessus.

C[/b]arver, va te faire fouttre !

Il est là ! Butez-le !

Avale celle-là, enfoiré de baiseur de putes !


Distingue t-il au milieu d’autres amabilités accompagnées d’un feu nourri qui ne cesse qu’une fois les chargeurs épuisés.

Terrorisé, Noah mouille son pantalon et choisir de rester couché pour observer patiemment l’action. Il craque comme une gamine, et ses nerfs lâchent. S’il n’arrive pas à se retenir de pleurer, les autres mercenaires se rassemblent au cœur du camp, près de l’hélicoptère. Alors que le capitaine aboie ses ordres, les hommes se divisent en deux groupes, afin d’organiser la battue qui mettra fin aux agissements de ce fameux « Jack Carver ».

Deux hommes embarquent à bord de l’hélico qui décolle, soulevant un imposant nuage de poussière. L’engin s’élève lentement dans les airs, tandis que certains soldats passent près de cette fiote de Noah pour s’enfoncer dans la forêt. Les autres enfourchent des quads stationnés à proximité de la piste d’atterrissage, quand soudain… De nouveaux hurlements. De nouveaux coups de feu. Le perfide prédateur se sert de la fumée pour poursuivre son œuvre de mort. Noah voit une silhouette bondir et trancher. Lorsque le voile se dissipe, trois corps gisent déjà dans leur sang. L’un d’eux a été sauvagement mutilé au point que ses entrailles se déversent sur le sol. Putain de vie…

Noah ne sait plus vraiment ce qui se passe, mais il voit l’hélico s’orienter vers l’autre bout du camp. Un tireur à bord essaye de mettre fin à l’attaque ennemie. C’est Nicolaï, un ancien tireur d’élite ayant servi dans les Spetsnaz. Aucune cible ne lui a jamais échappé… y compris quand il avait trois litres de vodka dans l’estomac.

La radio crache à nouveau quelque chose en provenance de l’hélicoptère. C’est Nicolaï… le Russkof qui parle avec un fort accent moscovite.

Il se dirige vers le nord… Il arrive vers les jeeps… Putain, amenez-vous, il ne faut pas le laisser se tirer comme ça… Il s’arrête…

Il y a un blanc, pendant lequel Noah a des hauts le cœur, mais essaye de se maîtriser.

Qu’est-ce qu’il fout? Putain, il a un bazooka ! Cassons-nous ! Cassons-nous…

Un grésillement finit le message, et Noah voit l’hélico se transformer rapidement en une boule de feu incandescente qui termine sa course contre la falaise. Tandis que la douleur se fait de plus en plus forte, il profite de cet instant pour oublier son stress, se relever et s’enfoncer dans la densité de la jungle tropicale verdoyante, espérant trouver en son sein une cache qui lui permettra d’échapper à cette folie.

Au loin, les cris et les crachats des armes lui intiment que ce putain de massacre se poursuit. Essoufflé au bout de quelques dizaines de mètres par une progression laborieuse entre les lianes, les herbes et les fougères, Noah arrête de courir et ferme les yeux, s’appuyant sur un arbre massif le temps de reprendre son souffle.

Son regard se pose alors sur une forme inhabituelle en ces lieux… un corps est empalé sur un piège tendu sur un palmier. Son torse a été littéralement défoncé par un pieu de bois acéré. Noah regarde alors autour de lui, et constate que le groupe de mercenaires qui s’était éloigné plus tôt pour encercler l’ennemi a été décimé. Ils sont tous morts, victimes des pièges du prédateur. Des gorges tranchées témoignent du fait que certains ont été achevés par une lame.

- L’enfoiré… Il avait tout préparé dans les moindres détails…, laisse échapper Noah.

Avec l’envie de rendre son dernier repas, le soldat détourne le regard et marche dans cette marre poisseuse de chair et de sang, serrant sa croix le plus fort possible, priant le Dieu qu’il écrase dans sa paume pour échapper à l’emprise de ce monstre.

Prudemment, il essaye de se faufiler au milieu des cadavres, repérant ici et là les mécanismes n’ayant pas encore été activés, et bientôt, il arrive au bord du précipice au fond duquel coule un dangereux torrent. Noah avance doucement et rejoint le pont suspendu qui se situe près de la Grande cascade. C’est ici que tout va se jouer. Il sait que s’il traverse et coupe les cordes, le prédateur éprouvera bien des difficultés à le retrouver pour le tuer. A cette idée, un léger sourire de soulagement se dessine sur son visage.

Mais tout d’un coup, c’est une sensation étrange. Un compromis entre la joie et la douleur, au moment où la maîtrise de son corps lui échappe totalement. Il sent ses jambes faiblir, tandis que la souffrance envahit son dos. Une lame crantée vient de se figer entre ses vertèbres, et il sent l’étreinte de la mort le paralyser. Il sent cette odeur de transpiration mêlée à celle d’un fauve. Il sent chacune de ces expirations. Il le sent. Il sent que Jack Carver est derrière lui, serrant ce poignard qui boit sa vie.

Aussi rassemble-t-il ses dernières forces pour essayer de voir le visage de l’homme qui l’a tué…

Mais ce n’est pas un homme qu’il découvre.

C’est un monstre.

Jack Carver. Un monstre aux yeux jaunes.

FIN






Votes (5)

dan_007, MiGstazz, Slippy Toad, Sucayte360, Synion



COMMENTAIRES (2)
fleche Sucayte360, Dimanche 02 Novembre 18:23
Increvable ce Jack Carver, à vrai dire petits frissons en lisant ton texte.
Je m'étais mis dans la peau de Noah...et j'ai perdu.
fleche Matth, Dimanche 02 Novembre 18:27
Sucayte360 wrote:
Increvable ce Jack Carver


C'est le cas de le dire, même si je crève souvent en jouant à ce Far Cry lol

Je m'étais mis dans la peau de Noah...et j'ai perdu.


lol Bah je sais pas, en écrivant, je savais dès le début que ça se finirait mal (comme souvent chez moi). Je condamnais le perso à une fin misérable, tout en le condamnant à ne pas passer pour un héros mais pour une victime.

Yop, merci d'avoir lu :happy:


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